Annonce de conférence-débat

Les lecteurs de ce blog sont invités à une conférence-débat qui touche certaines des préoccupations discutées ici : Les mathématiques entre normativité et imagination, Historicité, finance et sémiogenèse le 14 décembre 2017.

Les mathématiques entre normativité et imagination

Historicité, finance et sémiogenèse

date : 14 décembre 2017, 14h – 19h
adresse : Ecole Normale Supérieure – 45 rue d’Ulm – 75005 Paris
Salle Dussane (Rez-de-chaussée, gauche)

Nous sommes un groupe de mathématiciens qui dénonçons une mathématisation du monde orientée vers le contrôle, le quantitatif et le réductionnisme plutôt que vers l’invention libre et la construction de compréhensions.
Nous nous intéressons à l’émergence historique du sens et à son rôle dans la connaissance et dans l’activité personnelle du chercheur. Nos thèmes de travail actuels portent sur l’historicité, l’organicité et la contextualité du vivant ; sur le rôle de l’interprétation et du sens dans le processus de la vision ; sur l’importance de l’interprétation et du travail sur les craintes dans l’appréhension de l’éventuel.
Nous vous invitons à une demi-journée, que nous voudrions fondatrice, le 14 décembre prochain : la discussion s’y organisera à partir de trois exposés. Puis nous proposerons la création de l’association Girolamo Cardano (inventeur des nombres imaginaires, premier penseur de la transformation du vivant dans le temps) à laquelle vous serez invités à participer si vous voulez.
Interventions
• Giuseppe Longo : « La difficile friction entre mathématiques et sciences historiques à partir de la biologie »
• Nicolas Bouleau : « Finance : peut-on mettre l’interprétation en marché ? »
• Alessandro Sarti : « L’intelligence entre élaboration de l’information et production de sens »
• Discussion générale

N’hésitez pas à télécharger l’annonce et à la diffuser



Pourquoi Cardan ? C’est un personnage cocasse, excentrique et truculent, assez content d’être lui-même, très prolixe, ouvert sur le monde. Ses trois livres mathématiques ne sont qu’une toute petite partie de son œuvre publiée, sans compter ses manuscrits. Son ouvrage Ma vie (1575) trad. J. Dayre et E. Wolff, Belin 1991 a été comparé aux confessions de Jean-Jacques Rousseau, dans un esprit très différent.
D’un point de vue psychanalytique, Cardan semble avoir un penchant paranoïaque assez prononcé. Il sur-interprète beaucoup de situations, souvent persécuté, par ses rivaux intellectuels, par les patients qu’il a mal soignés, par sa famille. Et surtout il accorde une importance extrême à ses rêves dont certains lui permettent une familiarité avec Dieu qui ne manque pas de faire penser au Président Schreber. Particulièrement dans ce récit :
Le second [rêve] je l’eus peu après dans la même ville. Il me semblait que mon âme se trouvait dans le ciel de la lune, dépouillée du corps et isolée, ce qui soulevait mes plaintes. J’entendis la voix de mon père qui disait « Dieu m’a donné à toi comme gardien. Tout ici est plein d’âmes que tu ne vois pas plus que tu ne me vois, mais à elles tu es, en outre, empêché de parler. Tu restera dans le ciel sept mille ans, et tout autant dans chacune des sphères jusqu’à la huitième : ensuite tu parviendra au royaume de Dieu ». Je l’interprétai ainsi : l’âme de mon père est mon génie tutélaire (qu’y aurait-il de plus bienveillant et de plus favorable ?) : la lune c’est la grammaire; Mercure c’est la géométrie et l’arithmétique; Venus, la musique, l’art de la divination et la poésie; le Soleil la morale; Jupiter la science de la nature; Mars la médecine; Saturne l’agriculture, la botanique et les autres arts inférieurs; le huitième ciel, un aperçu de toutes les sciences, la sagesse naturelle et les études diverses; après cela je reposerai enfin avec le Seigneur. Cette division a été presque reproduite dans les sept sections de mes Problèmes. Le temps est proche où ils seront achevés et publiés.
Mais qui n’a pas une certaine dose de paranoïa ? Surtout parmi les mathématiciens !
Je pense à Galois (cf sur ce blog la personnalité d’Evariste Galois), à Cantor (cf Nathalie Charraud Infini et inconscient, essai sur Georg Cantor Anthropos-Economica 1994), et à bien d’autres qu’il n’y a pas lieu de pointer.
Cependant chez Cardan cette folie est assez maîtrisée pour catalyser sa créativité. On pourrait le voir comme un exemple de la « science comme paranoïa réussie » de Lacan. Celui-ci, fasciné par le non dénombrable, cite Cantor souvent, dans une dizaine de séances du séminaire. Et il lui fait dire que « la grande difficulté, le grand risque de la mathématique, c’est d’être le lieu de la liberté »,
jolie formule.
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