Les marchés et la nature humaine

madridJe propose une petite « analyse de texte » qui fait suite à l’article ci-dessous « Les marchés financiers nationalisent les disparités régionales » et qui porte sur la toute fin de l’émission « Affaires étrangères » de Christine Ockrent ce samedi 23 mai 2015 veille des élections espagnoles.

M. Pierre Yves Domeneghetti, directeur de la salle des marchés de la banque espagnole BBVA en France explique ce qui va se passer à son avis après les élections en ce qui concerne les marchés financiers : « Les investisseurs étrangers qui scrutent les élections vont agir comme ils l’ont fait pour les élections de Cameron où tout de suite la livre sterling s’est appréciée ou après Syrisa en Grèce où on a vu rapidement la méfiance des investisseurs vis à vis de la dette grecque. Automatiquement une victoire importante et inattendue de Podemos entraînerait instantanément la constitution d’une prime de risque sur les actifs financiers espagnols et au contraire une large victoire de Rajoy maintiendrait un statu quo aujourd’hui favorable à l’Espagne dont l’économie performe à nouveau ».
Pas de surprise dans ce propos, c’est ainsi que les marchés fonctionnent, en effet. Mais la question que pose maintenant Christine Ockrent pourrait sembler avoir de l’importance politique : « Jusqu’à quel point les affaires de corruption tout à fait spectaculaires, il faut quand même rappeler que Rodrigo Rato qui était l’une des stars du parti conservateur, ancien ministre de l’économie d’Aznar, ancien directeur du FMI est en prison soupçonné d’avoir détourné des millions d’Euros et que le parti conservateur au pouvoir subit une série de procès pour comptabilité occulte depuis 18 ans. Jusqu’à quel point est-ce que ce climat décourage on non vos investisseurs étrangers ? »
Et nous arrivons à cette réponse très professionnelle du banquier : « Non, de la même manière que les électeurs ne regardent pas trop l’action de la Banque Centrale Européenne, j’ai le sentiment que les investisseurs internationaux eux, regardent surtout la BCE et bien moins ces phénomènes qui sont peut-être plus marqués en Espagne mais qui finalement traduisent un peu la nature humaine ».
Il n’y a aucun cynisme dans ces propos, seulement des faits, qui ne sont pas des « objets chevelus » ni des « faîtiches », juste une peinture objective des réactions des marchés telles qu’un praticien les connait. Seulement quelle « performativité » dans un tel discours la veille d’élections ! Et quelle philosophie bien éloignée de ce qui figure dans les manuels d’économie.
Le marché international du crédit, ne fait pas de moralisme, il prend la nature humaine comme elle est… soit. Mais ce qui ne va pas dans cette affaire c’est que le marché du crédit c’est personne, vous et moi par notre épargne, l’addition de petites confiances anodines sans vraie direction politique a été transmué en un pouvoir, sans visage, qui biaise fortement la démocratie.

Ce contenu a été publié dans Economie, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *