Les courées à Roubaix

 

Etude sur les courées à Roubaix et la rénovation du quartier de l’Alma (1972)


La ville de Roubaix présentait à cette époque la particularité que la majeure partie des ouvriers du textile était logée dans des constructions exiguës serrées à l’intérieur des ilots bordés de maisons bourgeoises.
Cet habitat extrêmement dense était à la fois insalubre et générateur d’une vie collective d’une qualité exceptionnelle due au fait que toutes ces petites maisons accolées donnaient sur une cour intérieure – la courée – où les difficultés de la pauvreté nourrissaient une forte solidarité entre les familles et les classes d’âge.

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Nous donnons ici des témoignages sociologiques de cet habitat aujourd’hui disparu.
Nous avions proposé une rénovation du quartier Nord de Roubaix – dit de l’Alma – qui avait pour ambition de fournir des logements dignes à cette population tout en conservant le plus possible les éléments positifs de cette vie collective.
Ce projet fut exposé en 1975 à la Direction de l’Aménagement Foncier et de l’Urbanisme, il ne fut pas suivi sur le terrain où de simples tours HLM apparurent comme souvent ailleurs, mais contribua aux changements des idées des décideurs de l’administration au début des Villes Nouvelles françaises.

Le monde ouvrier du textile illustre parfaitement le prolétariat en tant que classe sociale à qui est interdit l’accès à une vie normale. Les familles de la grande bourgeoisie du textile vivent dans les villas luxueuses entre Lille et Roubaix et les petits bourgeois et commerçants dans les maisons de rue.
Les familles ouvrières en revanche s’entassent dans un habitat invisible, où l’on atteint des densités à l’hectare comparables aux collectifs.
C’est encore la situation en 1970.

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D’un côté cette stratification sociale — avec la domination de la bourgeoisie et son mode de vie déculpabilisé dans la nonchalance d’une absence de contraintes matérielles et avec cette misère honteuse et cachée — nous apparaît comme une survivance d’une époque révolue, conséquence de la révolution industrielle du 19ème siècle. Mais ceci n’est pas si ancien. D’un autre côté n’est-ce pas une situation tout à fait similaire que le capitalisme contemporain construit avec ce qui se passe au Bengladesh dans les manufactures textiles et les conditions d’habitat honteuses ?
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