Prix mondiaux futurs des ressources épuisables

prixfuturs2 Une idée courante, inspirée des raisonnements idéalisés de l’économie néoclassique, est que l’épuisement progressif des ressources épuisables va faire monter leur prix, et que ce phénomène — certes perturbateur — n’en est pas moins souhaitable pour la raison qu’il va engendrer les changements de comportement qui sont indispensables. Cette idée est absolument fausse, et il est grave que nombre d’hommes politiques, gardent en tête ce schéma erroné. Sans doute l’épuisement des ressources appelle des changements de comportement, mais les prix sont de très mauvais indicateurs ou baromètres dans cette affaire.

Dès lors que ces ressources sont mises en marchés tels que les ont organisés les places financières depuis la période néolibérale, c’est-à-dire où des achats-ventes instantanés sont possibles et où presque toutes les formes de contrats à terme sont échangeables, alors l’allure standard qu’on doit avoir à l’esprit pour envisager le rôle des acteurs économiques et de la décision publique des Etats est en coiffure de punk suivie d’un effondrement.

Voyons cela plus au détail. En discutant d’abord les argumentations économiques courantes.

Du cadre néoclassique à la prise en compte des aléas

L’article fondateur est celui de Hotelling (1931)[1] où celui-ci traite la question sous trois hypothèses successivement. Le cas de « libre compétition » où la concurrence entre les producteurs dans le marché de la denrée fait que toute la propension à acheter de la clientèle est mise à profit, dans ce cas le prix obtenu croît exponentiellement avec le temps suivant un exposant qui est le taux d’intérêt. Le cas du monopole où un prix unique fait que certains clients payent moins que ce qu’ils seraient prêts à débourser, alors le prix est une fonction de la courbe de demande. Et un cas où la production cumulée affecte le prix. Sous chacune de ces hypothèses le raisonnement est une jolie application du calcul des variations qui s’étend facilement au cas où le taux d’intérêt dépend du temps de façon déterministe.

De nombreux travaux ont étendu le raisonnement de Hotelling qui apparaît maintenant désuet pour la raison principale que la volatilité des marchés sur les ressources épuisables imposent un cadre de pensée probabiliste. Le caractère aléatoire de la courbe des taux donnés par les marchés et l’usage de produits à terme créent des effets rétroactifs des anticipations dont les ordres de grandeurs sont importants voire prépondérants (par exemple en 2006 ont été négociés 230 millions de barils chaque jour sur le NYMEX alors que la consommation mondiale quotidienne était de 80 millions de barils). Ces considérations conduisent à diverses modélisations par des calculs des variations stochastiques dans les détails desquels je ne rentre pas. Comme toujours, les modèles qui prennent en compte le plus d’effets par des coefficients fonctionnels dans les équations sont aussi les plus difficiles à caler sur la réalité, aussi selon la tradition économique elle-même, je garde des hypothèses simples pour « comprendre » ce qui se passe.

Il apparaît que le hasard est partout dans cette affaire, dans les prix futurs anticipés, les taux, les réserves disponibles, et selon des lois très mal connues, car nous ne connaissons évidemment qu’une seule trajectoire réelle du prix jusqu’à maintenant. Aussi les agents ne sont pas en mesure de faire des optimisations globales. Donc une modélisation stochastique fine est illusoire et on tire le plus d’enseignements d’une modélisation stochastique de principe avec un terme aléatoire important. Le modèle intellectuellement le plus simple, facilement justifié par la théorie économique, est pour le prix une martingale positive tendant vers zéro à l’infini tel que donnée par l’exemple typique exp [σBt2t/2] où Bt est un mouvement brownien et σ la volatilité, c’est à dire solution de l’équation

dXt=σXtdBt

dont les trajectoires ont la silhouette suivante

prixfuturs2
figure 1

qui est aussi l’allure de la solution de  dXt=σXtdBt+μXtdt si μ<σ2/2. Un tel schéma s’explique de façon très naturelle :

Trois phases peuvent être dégagées

prix futurs 3

figure 2

• Durant la première période on est typiquement dans la situation d’une dynamique déterministe exponentielle perturbée par une agitation[2]. Il y a une croissance du prix mais tellement perturbée qu’on ne peut voir son amplitude et l’incertitude est telle qu’on ne peut en tenir compte pour des investissements dans le sens de la transition énergétique. La seule façon rationnelle laissée à l’entrepreneur pour envisager l’avenir est d’utiliser des produits dérivés pour se prémunir des risques de coûts d’approvisionnement. C’est ce que font les fournisseurs d’énergie et ils répercutent les coûts de ces couvertures sur le prix de détail qui a tendance a augmenter mais pas de façon assez régulière pour qu’on puisse planifier par la valeur numérique du signal-prix. L’adaptation est donc le résultat des intuitions non quantifiées des agents économiques influencés par les incitations publiques.

• Puis progressivement le jeu de découvertes de nouveaux gisements, des annonces du tarissement d’autres, des informations sur des potentialités technologiques nouvelles non encore confirmées, des échecs d’autres, instaurent une phase de sur-interprétation aux aguets qui augmente la volatilité des cours ainsi que les amplitudes de variation. Pour certains consommateurs, le besoin désespéré de s’approvisionner pour continuer à utiliser des installations coûteuses crée une demande accrue pendant qu’au contraire les agents économiques non captifs de cette ressource s’échappent de ce marché. Plus la prospection est difficile plus la part des prix spéculatifs (ou disons traduisant les incertitudes des opérateurs) est importante dans l’évaluation des coûts de prospection et d’exploitation eux-mêmes, ce qui engendre une volatilité auto-réalisatrice. Le cisaillement des dents du marché créées par cette agitation détruit des activités économiques classiques et entraîne des modifications profondes des échanges, phase de mutation dont la durée est incertaine. Notons qu’aussi bien une légère modification du modèle suivant l’équation

avec a>1 fournit des trajectoires qui explosent avec une probabilité p :  0<p<1. Ce qui représente un cas où l’on reste dans l’incertitude sur le fait que la cotation pourra durer indéfiniment ou non.

• Ensuite, la ressource épuisable ayant perdu ses usages classiques notamment pour le pétrole le chauffage des habitations, les moteurs dans les transports, et la pétrochimie de grande consommation, la demande s’en détourne exception faite de certains usages très spécifiques. C’est la phase d’effondrement.

Cette image typique a des conséquences importantes

Le fait majeur est qu’on ne voit rien. L’avenir est complètement opaque. La gentille incitation de management grâce au signal-prix permettant à l’entrepreneur de planifier ses affaires sur le moyen terme est totalement inopérante. Choisir entre un métal rare ou un autre, entre une installation ici ou là avec plus ou moins de transports etc., est hors des possibilités des agents. L’agitation forte efface les tendances[3] et comme le remarque M. Chiroleu-Assouline « cette volatilité constitue un problème d’efficacité environnementale lorsqu’il devient impossible pour les acteurs d’observer une tendance fiable à long terme car, pour prendre l’exemple de la lutte contre l’effet de serre et du marché européen (ETS), c’est la prévisibilité du prix du carbone qui peut inciter les firmes à innover et à investir pour adopter durablement des technologies moins polluantes »[4].

Dans le cas de ressources énergétiques fossiles, l’annonce d’une politique de taxes publiques croissantes d’échéancier annoncé, peut-elle être efficace ? Une telle annonce va créer un à-coup immédiat sur le prix, des comportements de stockage, et de la rétention de la part des producteurs, sans pour autant diminuer la volatilité. De sorte que les stratégies souhaitées d’adaptation et de mutation restent entachées d’une incertitude aussi élevée. Qu’il s’agisse de droits d’émission négociables ou de taxe ne fait guère de différence à cet égard.

Il convient ici de prendre du recul sur la rationalité adoptée. Les avantages que les agents économiques tirent de l’existence des marchés financiers sont purement théoriques : cela réaliserait par ces prix mondiaux une sorte d’optimisation automatique des extractions et des consommations. Ces prix accompagnés des prix des produits contingents réaliseraient un tableau de bord efficace pour les entrepreneurs dans leurs fonctions de production. C’est une rationalité inspirée des idées néoclassiques, foncièrement statique. Ces avantages sont douteux et impossibles à vérifier.

En revanche les inconvénients sont là, réels et immenses : ces marchés ont une fièvre qui est une véritable tempête que personne n’a souhaitée, qui a des conséquences gigantesques sur l’effacement des tendances des prix et donc sur la paralysie des comportements.

C’est un grand mérite de Robert Solow — pourtant non soupçonnable d’aversion pour le langage néo-classique — d’avoir pressenti que la seule solution était extérieure à tous les mécanismes économiques : « Les mêmes considérations donnent à penser que le marché des ressources épuisables peut-être l’un des domaines de l’économie, où une sorte de planification indicative organisée pourrait jouer un rôle constructif. Il ne s’agit pas d’une approbation de la prise de décision centralisée qui est susceptible d’avoir des imperfections et des externalités qui lui sont propres. En effet, il pourrait être suffisant que le gouvernement s’engage dans un programme continu de collecte et de diffusion d’informations couvrant les tendances de la technologie, des réserves et de la demande […] Dans le cas des ressources épuisables, cela pourrait avoir l’effet supplémentaire de générer un ensemble de visions cohérentes quant à l’avenir lointain. »[5]

Il apparaît ainsi que pour qu’une politique environnementale ait un tant soit peu d’efficacité il est indispensable de donner le maximum d’information aux ménages et aux entrepreneurs sur l’état de la planète par des indicateurs quantitatifs en unités de masse, de volume, de surface où les tendances sont visibles et donner à ces informations le maximum de chance d’influer les comportements par une politique volontariste de communication à partir d’eux, au niveau le plus haut possible, pour nous européen et onusien.

En attendant qu’on cesse la folie des marchés financiers qui utilisent les fonds que les banques recueillent des entreprises et les dépôts des ménages pour faire des transactions haute fréquence qui engendrent cette volatilité empoisonnée que personne n’a historiquement souhaitée ni demandée qui brouille la lecture des changements réels de la planète, il faut régionaliser les marchés et inscrire les achats et les ventes dans un rythme de temps qui corresponde au temps économique, c’est à dire au moins le mois et au delà.

Je ne pense guère que les marchés financiers puissent être supprimés par une décision institutionnelle raisonnée résultat d’une avancée politique des idées environnementales, on doit essayer car des retournements sont possibles, en revanche, il est vrai que des marchés financiers meurent, cela est arrivé déjà.[6] Ils meurent lorsqu’il n’y a plus assez de participants, la fluidité n’est plus suffisante, les écarts après chaque transaction sont trop grands, et le maintient d’un prix devient une entreprise périlleuse pour l’organisme de gestion du marché. La voie la plus prometteuse est d’influer sur les faiseurs d’opinion économique pour que progressivement les acteurs eux-mêmes se détournent des marchés.

EFFECTUER LES SIMULATIONS expliquées dans l’article


[1] H. Hotelling, « The Economics of Exhaustible Resources, » J. Polit. Econ., April 1931, 39, 137-175.

[2] Cf. pour plus de détails mon article «  Limits to Growth and Stochastics  »  Real World Economics n 60, 20 June 2012, 92-106.

[3] Cf. «  Limits to Growth and Stochastics  »  op. cit..

[4] M. Chiroleu-Assouline, « La fiscalité environnementale, instrument économique par excellence », Revue Française de finances publiques, 114 (2011) p17-25.

[5] Solow R. « The Economics of Resources or the Resources of Economics » Ely Lecture, The American Economic Review, Vol. 64, No. 2, (1974), 1-14.

[6] Comme le Chicago Climate exchange qui mourut en 2010.

Ce contenu a été publié dans Economie, Environnement, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Prix mondiaux futurs des ressources épuisables

  1. Benoit dit :

    Bonjour
    Merci pour ce papier passionnant.
    Je ne suis pas certain de suivre le raisonnement jusqu’au bout dans le cas d’un bien difficilement voire pas du tout substituable comme l’est le pétrole… quelle est votre vision des prix futurs dans le contexte de tensions offres et demandes que nous commençons à vivre ? Votre démonstration suppose qu’il y aura à terme des substituts, faut il comprendre que par exemple le non déplacement au même titre que le negawatt soit un substitut ?
    merci

    • admin dit :

      Bonjour, vos remarques sont des interrogations légitimes en effet. Nous sommes dans l’incertain. Ma vision repose sur l’hypothèse de base que — compte tenu de ce que sont les marchés financiers actuellement — la théorie stochastique de l’arbitrage en donne une très bonne image. Donc, l’évolution des taux sans risque (le bond) étant très lente aujourd’hui, il faut penser l’évolution d’un cours tel que celui du brut comme une martingale.
      Mais alors en effet, nous ne savons pas à l’instant présent si nous sommes dans le cas où le cours va exploser avec probabilité positive ou simplement suivre l’allure d’une martingale positive tendant vers zéro.
      Le point qu’il me paraît important de souligner est que la volatilité va avoir tendance à croître avec la raréfaction à cause de la surenchère interprétative créée par l’engouement et la difficulté de comportements alternatifs. Donc l’indication du signal-prix va se trouver brouillée et les produits dérivés de protection vont devenir plus coûteux.
      Pour toutes les ressources épuisables cela plaide pour une politique publique d’indicateurs en quantité non chiffrés en prix.

  2. Quentin dit :

    Est-il possible que le pétrole s’effondre et s’éteigne sans que nous ayons trouvé d’alternative ? J’ai dû mal à imaginer qu’on se détourne du pétrole…

    • N. Bouleau dit :

      Bonne question ! A ce niveau d’interrogation sur le moyen et long terme il faut prendre le regard d’un physicien. Le flux d’énergie reçu est constant c’est l’énergie solaire qui active tous les systèmes ouverts que sont les êtres vivants. Les biocarburants prennent sur le flux donc perturbent beaucoup, en plus des problèmes économiques majeurs qu’ils entraînent. A part cela il y a quoi, essentiellement l’énergie fossile qui est un stockage réalisé par les êtres vivants du passé, la chaleur propre de la Terre (géothermie) et le nucléaire. Pour ma part je considère que le nucléaire prend trop de risques irréversibles. Compte tenu des durées de vies de certains éléments radioactifs les accidents doivent être pensés comme des diminutions de la planète ! C’est irresponsable, une telle aventure ne peut s’expliquer que par l’esprit de conquête qui animait l’humanité à l’époque où les limites de la planète n’étaient pas contraignantes. La géothermie est très importante, on peut piocher des calories là il y en a beaucoup. La technique va s’améliorant.
      Vous avez raison apparemment car si on regarde (non pas le prix du brut qui s’agite comme un fou) mais la consommation on s’aperçoit qu’elle varie peu. Les comportements ne changent guère. S’ils changeaient, la transition serait plus douce, moins destructrice par ses conséquences géopolitiques.
      Et je considère que la raison majeure de l’absence de changement c’est que l’agitation du prix empêche le signal-prix de faire l’effet qu’il devrait faire.

  3. Arthur dit :

    Bonjour,

    Que pensez-vous de l’évolution des cours du brut et des matières premières depuis l’écriture de ce papier il y a 2 ans et demi ? La pratique se vérifie-t-elle par votre théorie ?
    Cordialement,

    • N. Bouleau dit :

      Merci de cette question, elle est en effet naturelle.
      Je ne fais pas partie de ceux qui tentent de profiter des vicissitudes de l’actualité pour trouver la preuve de leurs théories. Une seule trajectoire ne permet jamais de connaître les propriétés d’un processus aléatoire.
      J’ai dit dans l’article que la rareté allait engendrer un accroissement de la volatilité qui à la longue se traduira par un effondrement du cours. Je ne pense pas que la chute récente après les sommets atteints avant la crise de 2008 soit le signe de cet effondrement. Elle a trop de bonnes raisons économiques conjoncturelles qui sont déterministes et déterminantes.
      Le schéma donné dans l’article est une loi que l’on peut qualifier de qualitative. La théorie financière ne permet pas de donner une échelle de temps aux phénomènes que je décris. D’ailleurs c’est bien compréhensible, car si on pouvait caler une échelle de temps, on saurait quand ça va baisser et les anticipations feraient que ça baisserait bien avant.
      Par le fait que la spéculation sur les marchés financiers créent du stochastique, il faut s’habituer à l’idée qu’on ne sait pas ce qui va se passer. C’est la pratique de la martingale exponentielle brownienne par simulation qui donne la meilleure idée du phénomène.

  4. J-Pierre dit :

    Merci pour votre blog passionnant et cet article sur la volatilité du prix.
    Cela me fait d’autant plus plaisir que je partage cet opinion depuis quelques mois et la chute du cours du pétrole à l’été 2014 qui est surtout dû à la spéculation comme facteur principal, mais je n’avais jamais lu d’article qui aille dans ce sens ni même l’évoque. J’ai quand même, sans avoir votre expertise et vos connaissances, une petite nuance que j’aimerai vous soumettre.
    Tout d’abord, ce qui me semble frappé au coin du bon sens (mais bon il faut s’en méfier), c’est que les ressources n’ont pas de prix, la monnaie ne paye que les hommes pour un travail ou une rente, la nature n’a que faire de l’argent des hommes pour nous les délivrer, mais par contre les ressources ont toutes un coût énergétique et ce coût énergétique ne cesse d’augmenter avec l’épuisement. L’industrie minière (quasiment tous nos objets aujourd’hui en dépendent) capte déjà 10% de l’énergie primaire mondiale (selon Ugo Bardi dans son livre Extracted paru en 2014).
    Ce qui compte dans le prix ce n’est pas sa valeur absolue mais sa valeur relative, le rapport entre la valeur absolue et le revenu (d’un individu ou d’un pays) en d’autres termes, le pouvoir d’achat.
    Quand le prix est haut cela détruit l’économie des pays importateurs et donc la demande baisse, quand le prix est bas cela détruit l’économie des pays producteurs (et bien sûr, plus ils en sont dépendants) et les investissements dans des nouveaux gisements plus chers à exploiter. Avec l’augmentation de l’auto consommation des pays producteurs et la baisse de l’ERoEI (augmentation du coût énergétique de production des gisements non-conventionnels, schistes, sable bitumineux, off-shore profonds) le prix d’équilibre, qui satisfasse consommateurs et producteurs, ne peut être trouvé.
    Les producteurs sont tout aussi dépendants du pétrole, voire plus aujourd’hui, que les pays importateurs qui ont encore une certaine marge de sobriété sous le pied.
    La dessus la spéculation amplifie la variation du prix, ce qui rend la lecture des perspectives un peu plus compliquée et le processus de la baisse de la production pétrolière plus douloureux.
    Pour Graham Turner (A Comparison of the « Limits to Growth » with Thirty Years of Reality) les non-conventionnels ont permis de repousser de 10 ans le pic pétrolier mais la chute sera plus dure.
    La seule perspective sur le prix dont on peut être sûr à terme c’est qu’il sera à zéro, le jour où l’on ne consommera plus de pétrole, par quel chemin va-t-on y arriver est une autre affaire.
    L’ERoEI (le taux de retour énergétique) me semble être la clé pour la compréhension du problème, un prédateur ne peut pas durablement dépenser plus d’énergie pour attraper une proie que ce que cette proie lui apporte comme énergie. Aujourd’hui le flux d’énergie est contraint car pour l’augmenter il faut plus d’énergie et plus de ressources métalliques qui elles mêmes demandent plus d’énergie pour être produite.
    En conclusion ne pensez vous pas que ce qui détermine le prix, au-delà de la spéculation, c’est le rapport entre la quantité de travail qu’il demande pour être acheté (combien dois-je travailler pour acheter 1 litre d’essence p.ex.) sur la quantité de travail pour être produit et si ce rapport devient trop important j’en consommerais moins ?
    Bien à vous.

    • N. Bouleau dit :

      Merci de ces remarques qui sont utiles parce que la logique mathématique des marchés financiers sur laquelle je m’appuie est loin de la compréhension que les agents économiques ont de ce qui se passe, et c’est bien d’en discuter.Vous notez plusieurs choses fort justes à mes yeux. Simplement votre conclusion n’est pas formulée en termes acceptables pour un économiste. Votre numérateur (combien dois-je travailler pour acheter un litre) n’est pas quantifiable sans avoir déjà un prix du litre. Donc il faut comprendre votre propos de façon qualitative. Et là je dirais que vous êtes tout à fait dans la ligne de deux auteurs très respectables : Karl Marx et Auguste Walras (le père de Léon).A noter que ce sont des « philosophes de l’économie » et non des néo-classiques, ils ne font pas de calculs, ils réfléchissent aux échanges.
      Depuis ce temps la technicité de la finance a atteint des sommets, et mon but est de témoigner sur les conséquences sociales et environnementale de ces nouvelles arguties strictement mathématiques.
      Nous avons aujourd’hui besoin à nouveau de « philosophes de l’économie » car c’est de là que peut venir de nouvelles formes d’échange qui ne soient pas si aveugles avec la nature.

  5. J-Pierre dit :

    Merci pour la diligence de votre réponse.
    je viens de lire un article récent de Harvey Mead
    (premier commissaire au développement durable du Québec)
    Il met en évidence la dissonance cognitive que nous avons face au problème de la contrainte « énergie-climat ».
    Pour ma part je suis toujours effaré et attristé du peu d’intérêt que suscite ce sujet chez nos concitoyens, cela vaut ce que cela vaut, mais youtube donne une idée de la portée des interventions et conférences sur ce sujet par le nombre de vues, c’est absolument ridicule, aussi bien en français qu’en anglais.
    En fait de dissonance cognitive, nous faisons surtout l’autruche.
    Bien à vous
    « Le sens du besoin d’un changement de paradigme – absent » par Harvey Mead
    http://www.harveymead.org/2016/10/14/le-sens-du-besoin-dun-changement-de-paradigme-absent/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+HarveyMead+%28Harvey+Mead%29

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *